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Tentative de record à vélo entre Perth-Sydney par Brendan Johnston

Le périple de Brendan Johnston à travers le sud de l'Australie fut une aventure exceptionnelle et un vrai voyage intérieur.

Au cours de son voyage, de nombreuses pensées et émotions tourbillonnaient dans son esprit.

Brendan Johnston s'inquiétait de la douloureuse inflammation de son tendon d'Achille, conséquence de longues journées passées à pédaler en position statique. Il repensait avec nostalgie aux moments joyeux passés avec sa fille de cinq ans, mais aussi aux périodes de séparation régulières dues à ses déplacements à travers le monde pour ses compétitions cyclistes professionnelles. Il repensait aussi au vent de face impitoyable qui avait contrarié sa tentative de record et ralenti sa progression entre Perth à Sydney. Des souvenirs lui revenaient en mémoire, notamment son combat contre le cancer à l'adolescence, une épreuve marquante qui l'avait finalement conduit à cet instant précis : seul face au vent. Cette épopée était l'occasion de collecter des fonds pour Tour de Cure, l'association caritative australienne qui soutient la recherche et la prévention du cancer.

« Trekky » pédalait durant des heures, le corps courbé dans une position aérodynamique, méditant sur tout et n’importe quoi pour contrer la monotonie et la fatigue de l’effort. Les pensées surgissaient, s’estompaient, puis revenaient, au même rythme que son pédalage qui le propulsait toujours plus loin. Cette expérience était entièrement liée à son combat.

En janvier, Johnston, 34 ans, s'est lancé le plus grand défi physique de sa vie : une traversée à vélo de 4 000 km avec assistance à travers le sud de l'Australie. Cela faisait 20 ans qu'il pensait à cette traversée. Son objectif : battre le record de six jours, 10 heures et 58 minutes établi par l'Autrichien Christoph Strasser. Ce record, établi en janvier 2017 par le sextuple vainqueur de la Race Across America, est considéré comme l'un des records longue distance les plus difficiles à battre. Fidèle à lui-même, Johnston voulait tout tenter pour battre ce record.

Brendan « Trekky » Johnston au guidon de son vélo triathlon Giant Trinity Advanced SL.

Brendan avait ciblé le mois de janvier pour les raisons suivantes. Situé en plein été australien, il permet de profiter au maximum des journées ensoleillées. De plus, il s'intégrait parfaitement au calendrier de Johnston, ciblé sur le Lifetime Grand Prix Series, lui offrant ainsi un repos bien mérité après la saison 2025 et un temps de récupération suffisant avant le début de la saison 2026.

Bien qu'il participe habituellement au Life Time Grand Prix Series sur son vélo gravel Giant Revolt Advanced Pro ou son VTT Giant Anthem Advanced SL, Johnston a utilisé pour ce projet unique son kit cadre Giant Trinity Advanced SL Tri équipé avec des roues vélo CADEX Aero à 4 bâtons à l'avant et à l'arrière. En cas de vent latéral, il avait aussi prévu une paire de roues vélo route CADEX Ultra 50.

Le voyage, de Perth à Sydney, portait un nom à double sens : « Projet ESPT ». Mais il était loin de la signification courante de cet acronyme. Son propre diagnostic de cancer à l’adolescence, la manière dont il avait vécu cette expérience, et les ressources physiques et mentales qu’il allait mobiliser pour mener à bien ce périple, tout cela était lié. Il ne s’agissait pas d’une randonnée à vélo sur des sentiers immaculés et des passages à niveau ; c’était à la fois un voyage épique d'une extrémité de l'Australie à l'autre et un voyage intérieur !

Trekky gears up for his Perth to Sydney attempt.
A journey of self-discovery across a remote and often barren landscape
Trekky was followed by a support vehicle.

« Je crois que c'est l'aspect compétitif de la tentative de record qui m'a attiré, mais en réalité, je voulais surtout repousser mes limites », explique Johnston. « Et ce défi me semblait parfait pour me tester : rester aussi longtemps sur le vélo, me surpasser autant et dormir si peu. Je pense que je suis inconsciemment attiré par la recherche de mes limites, leur dépassement, puis le retour à la normale. »

Prenons par exemple « The Straight », une section rectiligne de 145 kilomètres de l'Eyre Highway. Elle traverse le cœur de la plaine de Nullarbor sans virages, sans ombre et avec un paysage quasiment uniforme. Elle se situait tôt dans le périple, le deuxième jour. À ce moment-là, Johnston et son équipe d'assistance avaient déjà calculé qu'il ne battrait probablement pas le record de Strasser : après 18 heures de vélo, des vents violents l'avaient contraint à écourter sa première étape de 160 kilomètres.

Il s'est alors concentré sur la conquête du KOM Strava sur The Straight, qu'il a réalisé avec près de sept minutes d'avance, en 4 heures, 21 minutes et 37 secondes, à une puissance moyenne de 216 watts. Mais cet effort a eu un prix : maintenir une telle puissance face au vent allait avoir des conséquences sur la suite de sa traversée.

Trekky riding through golden hour.
Trekky and his team.
Trekky closely followed by his support vehicle.

Après trois jours de vents violents, le record de Strasser était devenu inatteignable et le corps de Johnston commençait à le trahir. Outre des douleurs dans le dos et les épaules, sa plus grande préoccupation était le nodule qui s'était formé dans son tendon d'Achille, conséquence d'une surcharge brutale due à des mouvements répétitifs. Parmi les sept personnes qui l'entouraient, son kinésithérapeute lui expliqua qu'en temps normal, le seul remède aurait été un repos immédiat.

« Il m'a dit que si quelqu'un venait à sa clinique avec ça, il le mettrait avec des béquilles et lui interdirait tout exercice pendant six semaines », raconte Johnston. « Il nous restait encore 3 000 km à parcourir. C'était terrible, j'avais du mal à marcher, on aurait presque pu entendre mon tendon d'Achille craquer. Je me disais : c'est vraiment grave. À quel moment vais-je devoir abandonner ? La saison est longue, et je savais que si je ne parvenais pas à maîtriser la situation, je devrais m'arrêter. Je pensais aux courses que je raterais, aux résultats que je perdrais, et à ce que cela signifierait pour ma carrière. Heureusement, on a réussi à inverser la tendance. »

Les jours suivants furent un tourbillon de solitude, une succession d'émotions exacerbées par le passage incessant de chaque camion. Le septième jour, le vent et la pluie – les pires intempéries qu'ait connues la région depuis un an – retardèrent l'arrivée d'une journée supplémentaire. Finalement, après plus de huit jours, Johnston arriva à Sydney, ayant récolté près de 40 000 $ pour Tour de Cure.

Johnston’s body had started to revolt.
Refueling was oh so important.
Trekky resting along the journey.

Avec le recul, Johnston dit avoir des sentiments partagés quant à cette expérience.

« Ce qui me frappe avant tout, c’est que j’ai hâte de retenter ma chance. », dit-il. « J’ai adoré l’idée. C’est une expérience unique. Même si les conditions étaient difficiles, ce qui me manque le plus, c’est d’être sur la route, de pédaler toute la journée, avec les autres qui m’aidaient à tenir »

« Je me souviens aussi des moments les plus difficiles, de la prise de conscience de ce qui nous attendait, de ce sentiment que c'était impossible : la pluie, le vent, les blessures, la fatigue. Il y a eu des passages éprouvants. Je ne sais pas si je veux soumettre mon corps et mon esprit à une telle épreuve une nouvelle fois. Il m'a fallu une énergie considérable pour me sortir de ces situations désespérées. »

Trekky porte son Giant Trinity et célébre une fois arrivé à Sydney.

Mais surtout, Johnston a le sentiment d'avoir une mission inachevée. Il veut encore battre le record.

« J’accorde une grande importance à la connaissance de moi-même », dit-il. « Je m’épanouis en me sortant de ces situations, en découvrant les limites de mes capacités physiques et en essayant de trouver un moyen de m’en sortir. »